Journal



Antoine Loyer dans le mensuel japonais Latina (1 March 2015)

11048738_430482010441971_7081111022958472444_nQuel genre de musique écoutiez-vous dans votre enfance? Comment vous a-t-elle influencé? Pourriez vous nous parler de votre parcours et des raisons qui vous ont amené à devenir un musicien?

La musique quand j’étais enfant, c’était le bruit de mes chiens, les cris dans ma famille, les choses comme ça. J’étais à la campagne et très heureux, je n’avais même pas besoin de musique. Le parcours à vraiment commencé en 2006 quand j’ai décidé de ne faire que ça, des chansons. Ce qui m’a poussé, c’est simplement une passion pour les lettres, pour la musique, la peinture aussi. J’ai commencé par la peinture, j’ai échoué, il ne reste plus rien. J’ai tout reporté sur la chanson. C’est un peu le même travail. La pochette de Chant de recrutement est d’ailleurs un détail d’une peinture que je suis en train de faire avec un ami, Claution Le Nalbaut. Je n’abandonne pas !

Est-ce que vous écoutez parfois de vieilles chansons ou de la musette?

J’écoute tout, et j’en souffre la plupart du temps ! Mais oui, il y a de très belles choses dans les vieilles chansons, et dans le musette. Mais je ne fais pas de hiérarchies : il y a de belles choses partout à toute époque et dans toutes les langues. Je ne fais pas de fixette sur une période ou un style en particulier.

Et la musique folklorique et la musique tsigane, vous en ecoutez?

Bien sûr j’écoute tout et tout m’intéresse. Ce qui est terrible avec les musiques folkloriques, c’est qu’elles disparaissent à toute allure… Il faut faire son propre patois, essayer d’avoir son propre accent, se méfier de l’imitation.

Dans quelles circonstances avez-vous commencé à jouer avec des musiciens du Rajasthan en Inde ? A-t-il été facile pour vous d’harmoniser leur performance avec votre guitare et vos chansons?

Par hasard à Paris, dans le quartier de Ménilmontant, pas en Inde donc (j’ai été au Rhadjastan enfant mais j’étais malade tout le temps…). J’ai vu trois types entrer dans un café et j’ai vu qu’ils étaient musiciens, un peu comme si j’étais mafieux et que j’avais tout de suite vu qu’ils étaient mafieux. On a parlé et ils ont apporté leur instruments tout de suite. Puis on s’est vu tous les jours pour travailler, jouer dans la rue, les cafés, les salles, puis on a enregistré. Anwar Khan, qui chante sur mon disque, est un peu le chef de famille. Je n’ai pas particulièrement cherché des musiciens indiens, c’est juste qu’avec eux, ça a marché. Ils auraient pu être chinois, turcs, de n’importe où, ça m’est égal. C’est facile de jouer avec eux parce que leur musique est très ouverte et la mienne aussi.

Autrefois, j’étais grande fan des Innocents. Comment avez-vous rencontré JP NATAF qui est d’une autre génération et comment avez-vous commencé à jouer ensemble?

Ils sont en train de faire un nouveau disque, vous savez ? Je l’ai rencontré à Ménilmontant aussi. Mais il avait entendu ma musique sur internet qui lui avait mis un coup. C’est mon ami. Il est partageur et il m’a ouvert quelques portes. Sinon tout était fermé et l’est encore pour moi à Paris, ou presque. Ma façon de faire des chansons est perçue en France comme trop compliquée, ou « intellectuelle », des choses comme ça. Moi je ne trouve pas. Je fais des chansons comme on fait pousser des légumes, je ne vois pas ce qu’il y a de compliqué dans une pomme de terre ou un poireau.

Comment avez-vous appris à jouer de vos différents instruments ?

Tout seul, avec de la passion. J’avais pris des cours, mais ça ne m’a servi à rien et je ne prenais pas de plaisir.

16517_430482130441959_2311437109324737307_n

Votre style à la guitare est assez original. Quelles influences vous ont mené jusqu’à votre style actuel ? Avez-vous été influencé par la musique celte ?

Je sais que par fainéantise j’ai désaccordé la guitare pour que ce soit plus simple. Ca me gonflait fort d’apprendre tous ces accords. Je me suis approprié l’instrument en oubliant même qu’il s’agissait d’une guitare. Je me suis rendu disponible, c’est pourquoi cette manière de faire possiblement singulière m’est tombée dessus. Un jour j’ai cassé une corde nylon et je n’avais pas envie d’aller au magasin pour en racheter, j’ai remplacé par ce que j’avais : une corde en acier. Ca a cassé la guitare mais c’est avec ça que je joue, entre autres. Non pas d’influences de la musique celte, je ne la connais que trop peu d’ailleurs, et ce n’est pas si simple de trouver de beaux enregistrements.

Quelle est l’origine des titres « Poussée anglaise » et « Chant de recrutement? »

C’est de la « poésie », si on veut, même si je n’aime pas trop ce mot. Et la « poésie » s’en va quand on prononce son nom. Il faut que le titre sonne bien dans la tête. Qu’il fasse rêvasser. « Chant de recrutement », ça vient de Russie ; c’est le chant des mamans pour leur fils partis à la guerre.

Entre vos deux titres, on sent bien une certaine continuité, mais quelque chose change. Dans votre premier album on a l’impression d’un enregistrement en studio, alors que pour le deuxième on a plutôt l’impression que cela s’est fait à l’extérieur. Est-ce que vous avez changé la méthode d’enregistrement entre ces deux albums?

Oui c’était dur… Pour les deux disques. Pour mon premier disque j’ai travaillé trois ans avec quelqu’un de l’équipe de Yaël Naim, puis ça s’est mal terminé. On a pas signé de contrat dans une maison de disques alors il m’a dit à la fin que je devais tout recommencer. J’étais furieux, je ne faisais que ça depuis trois ans ! J’ai quand même gardé quatre chansons. Pour le deuxième j’ai travaillé avec l’ingénieur Thomas de Fraguier, et Borja Flames dans une cave à Belleville (Paris), et un peu à Bruxelles. Borja, c’est celui qui a sauvé mes deux disques. J’ai commencé le troisième. Les difficultés ont leur charme, il faut s’en servir.

11018627_430482103775295_6213036095734677342_n

Sans pouvoir dire que je parle français, en écoutant vos chansons j’ai l’impression que vous accordez une grande importance aux rimes. Si vous chantiez en anglais, votre personnalité ressortirait-elle autant?

Bah non, cher amie, je n’y porte justement aucune attention ! C’est une tradition normalement dans la chanson française, la rime, mais je m’en contrefous. Aussi je ne veux pas chanter en anglais ce n’est pas ma langue, et tout le monde le fait, ce qui me rend triste. Je veux bien de l’anglais dans mes disques si par exemple il s’agissait d’une voix de femme Ecossaise ou Galloise, un truc du genre. Il y a une forme de langue Américaine qui écrase tout, qui est assez pauvre et tueuse.

Le morceau de piano « Femme accrochee au plafond » laisse une forte impression sur l’auditoire. Y a-t-il un lien musical entre vous et un compositeur comme Darius Milhaud?

Ah c’est vachement bien Darius Milhaud, mais au moment de faire une chanson je ne pense à personne. Sinon ça rate vraiment. Je m’occupe de mon petit potager. La chanteuse de la fin du morceau s’appelle Lara Driessens, une flamande, c’est très beau ce qu’elle chante. On a traduit en flamand un de mes petits poèmes et voilà. Ca me fait plaisir ce que vous me dîtes. C’est Alexandre Saada qui joue le piano.

Quels sont les avantages et inconvénients de travailler à Bruxelles?

J’avais besoin de vacances et l’agressivité parisienne commençais à me rendre fou. Il fallait partir vite. J’y retourne juste pour travailler et avec un certain plaisir, mais aussi toujours un sale stress. En Belgique (ce n’est qu’une impression) c’est plus calme, plus doux. Puis c’est proche de la France, si ça me manque. Beaucoup de bonnes bières aussi. Inconvénients : pas vraiment de lumière, pas de bon pain, pas de tradition de vin, on mange moins bien, pas de grands espaces et tout est penché ! J’ai fait des rencontres importantes ici (regardez la pochette, eh eh !).

Est-ce que vous vous occupez de l’administration de « Le Saule »?

Non je ne sais pas faire puis c’est ennuyeux. Mais enfin merci à ceux qui s’en occupent.

Pensez vous que Léonore Boulanger et Philippe Crab ont le même esprit et background que vous?

Le background, oui, on a partagé beaucoup de concerts, surtout à Paris. Vous savez on prépare un disque en commun avec Philippe Crab, on vous fera entendre. Normalement là en 2015, c’est fini.

11041228_430482050441967_1514320287396577751_n

Comment avez vous rencontré Vincent Moon?

Quelqu’un lui a fait écouter des chansons de « Poussée anglaise », comme ‘infanterie » et il a beaucoup apprécié, et on a fait un film chez moi à Paris, à Montparnasse, quand j’y habitais. Il fait un travail excellent, il est ethnomusicologue et se débrouille très bien sans diplôme officiel, il s’en moque et il travaille parfois mieux que les « vrais ». Pendant certaines périodes il enregistre quasiment un disque par jour. Il ne juge pas. Il fait confiance aux gens. Des langues et des musiques disparaissent tous les jours ce qu’il fait est donc important. Il archive des choses qui n’intéressent parfois presque plus personne. Des musiques de Tchétchénie, Tanzanie, Géorgie etc. C’est magnifique.

Avez vous subi l’influence de ses productions?

Non et de toute façon je ne peux pas copier des traditionnels africains ou chiliens, etc.

Votre album marche bien au Japon, vous ne trouvez pas? Est-ce que vous le ressentez dans la réaction du public ?

Pas de quoi acquérir un beau thon rouge et y goûter ! Mais je suis content et très touché. Continuez continuez ! Que le Japon me sauve ! Les réactions, eh bien depuis Bruxelles je ne les entends pas beaucoup, mais j’ai lu des choses gentilles et intelligentes, entre autres de la part de Kentaro Takahashi, avec qui j’aimerais bien travailler ! Il a bien écouté le disque. Comme quoi, pas besoin de parler la même langue pour se comprendre parfaitement. Enfin c’est un peu évident.

Nous espérons que vous viendrez nous rendre visite au Japon très prochainement.

Ah moi aussi. Je fais de mon mieux pour venir. Je serais très heureux d’autant que je ne suis jamais venu au Japon. Que ce serait beau… Pour l’instant je n’ai pas trop les moyens et je ne vais pas venir à la nage ! J’aimerais passer du temps, ma tête s’ouvrirait considérablement et j’aurais des milliers d’idées car tout serait nouveau pour moi.Je pourrais enregistrer, faire des concerts bien sûr, jouer avec des musiciens japonais, etc. Merci beaucoup et mes amitiés.




Laissez un commentaire


* mentions obligatoires (NB: l'adresse e-mail n'est pas publiée)